vendredi 24 février 2012

Grand Poucet

Mon sombre clavier. Ton retour-chariot m'aura bien servi pour composer cette première ligne, caractéristique d'une écriture hésitante, bien que mes dix doigts soient sans doute déterminés à en découdre.
Que n'ai-je pas écrit comme conneries pendant ces années. Des registres entiers, des centaines de pages blanches noircies, des lettres d'amour ou de confessions fraternelles, intégralement détruites.
Vie après vie, j'ai dû, par amour, par négligence ou par faiblesse, mettre mon passé à la poubelle. J'ai, à plusieurs reprises, dû mettre le feu à mon jardin secret et même -honte à moi- renié les amis qui le partageaient, car l'amour supporte mal la concurrence, fut-elle celle des fantômes du passé ou des compagnons de route asexués. Avant de m'en apercevoir, pour faire plaisir ou par peur de blesser, j'avais balayé les cailloux qui ponctuaient le chemin qui m'a amené là.

Je ne sais même plus dire où cela avait commencé.

Il m'arrive parfois d'avoir les pupilles noyées et le cœur frémissant par la remontée brusque du souvenir d'un sentiment, au moment où je m'y attends le moins. Le temps altérant naturellement la mémoire, l'esprit a cette tendance tout aussi naturelle à romancer les souvenirs.
L'amitié passée se voudra plus intime, la passion passée se verra plus torride, l'amour passé se dira présent.
J'en ai écrites des conneries, et pourtant, je n'en ai gardé aucune trace. J'ai même écrit quelques nouvelles, avec souvent un cerisier en fleur et des galets de rivière plantés quelque part dans le décor. Allez savoir d'où me vient cette image obsessionnelle.
La vie est faite de concessions. C'est ce qu'on dit. La plus grande concession, est celle de soi, pour un plus grand bien qu'on espère éternel et final. Je ne me souviens plus de l'instant qui m'a séparé de mon précédent "moi". J'ai eu tellement de " mois", tous sincères, tous vrais, que je me demande bien d'où je peux venir. Certaines cicatrices sont là pour me rappeler mes faux pas.

J'ai récemment renoué avec une vieille amie qui, après que je l'aie repoussée un jour et égarée pendant plus de cinq ans, m'est revenue, non sans reproches, mais sans rancune aucune. A ses proches, elle me présente aujourd'hui spontanément comme son meilleur ami. Cette grande clémence et cette gentillesse alimentent d'autant mon sentiment de culpabilité et de petitesse. Ses mots raisonnent sans cesse dans ma tête depuis presque une semaine aujourd'hui et me tourmentent autant qu'ils m'apaisent. Pourtant je l'aimais autant que j'aurais pu aimer une sœur. Quand je pense qu'elle n'est pas la seule à avoir souffert de mon ingratitude et de mon dos tourné, je me déteste et j'en souffre. Châtiment mérité me dirait le prêtre.


Ce jardin d'hiver, cerisier dans un puits de lumière, petit banc en pierre et galets de rivière. C'est bien le mien. C'est là que j'aime accueillir mes amis et transcrire mes pensées.
Ai-je retrouvé mon chemin ou est-ce l'heure tardive ?

Au loin, je pense apercevoir mon reflet. Est-ce celui passé ? Celui que ma nostalgie pathologique me fait regretter ? Est-ce celui à  venir ? Celui qui risque de m'éloigner de tout ceci ?


Ces lettres sombres couchées sur ce papier lumineux éternel sont peut-être une promesse d'un repentir et d'une réconciliation des Hommes que je suis.


Battlestar Sonatica - Baltar's Guilt

2 commentaires:

butterfly a dit…

On est tous en quête de ces moments magique, du bonheur absolut, de l'amour torride malgré ses imperfections, pour remplacer un amour perdu ou tout simplement le désir de trouver notre complice, notre âme soeur... Cependant, on tourne le dos à ceux qui nous aiment et on aime ceux qui nous tournent le dos!!!

ps: concernant ton amie, je crois que ce qu'elle veut le moins, c'est un amour illusoire et bluffant!! alors ne culpabilise pas, elle finira par t'oublier

Psychedelic narrow minded a dit…

J'aime ce que vs écrivez , ça me donne envie de lire encore plus. j'attends impatiemment d'autres publications.